Erasmus+ après 25 ans : partir se former en Europe quand on travaille

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Erasmus+ évoque presque toujours la même image : un semestre d’études pour un étudiant de vingt ans, valise à la main, direction une université partenaire. C’est vrai, mais partiel — Erasmus+ finance aussi la mobilité de salariés, de formateurs, d’apprentis et d’adultes en formation continue. Le problème n’est pas l’ignorance de cette possibilité : c’est la manière dont beaucoup l’abordent, en cherchant où déposer une candidature individuelle. Cette candidature n’existe pas. Comprendre pourquoi évite de perdre du temps sur une fausse piste.

Un programme qui ne finance pas des individus, mais des projets

Erasmus+ est un programme européen structuré en plusieurs volets — enseignement scolaire, enseignement supérieur, formation professionnelle, éducation des adultes, jeunesse, sport. Pour chacun d’eux, le financement ne va pas à une personne qui postule seule : il va à une organisation — établissement, entreprise, organisme de formation, association — qui construit un projet de mobilité et sélectionne ensuite les participants parmi son public habituel : salariés, apprenants, formateurs, bénévoles, adhérents.

Concrètement, un salarié ne peut pas, de son côté, remplir un dossier auprès de la Commission européenne pour obtenir une bourse afin d’aller se former à l’étranger. Ce n’est pas un détail administratif : c’est la logique même du programme, pensé comme un outil de coopération entre organisations, pas comme une aide individuelle sur demande.

Qui porte ces projets, en pratique

Plusieurs types de structures peuvent candidater et organiser des mobilités pour des adultes :

  • Les employeurs, en particulier ceux qui ont une activité de formation interne ou de coopération internationale, peuvent monter un projet de mobilité pour leurs salariés.
  • Les organismes de formation professionnelle, pour leurs formateurs ou leurs stagiaires en formation continue, notamment dans le champ de l’enseignement et de la formation professionnels (souvent désigné VET, pour Vocational Education and Training).
  • Les structures d’éducation des adultes — associations d’éducation populaire, centres de formation linguistique, structures de lutte contre l’illettrisme — pour leurs formateurs et, selon les projets, pour leur public.
  • Les centres de formation d’apprentis (CFA), qui peuvent organiser des périodes de mobilité européenne pour leurs apprentis dans le cadre de leur cursus.

Deux modalités existent : une organisation peut détenir une accréditation Erasmus, valable sur plusieurs années, qui lui permet d’organiser des mobilités de façon récurrente sans redéposer un dossier complet à chaque fois ; ou déposer une candidature ponctuelle pour un projet limité dans le temps. Dans les deux cas, c’est l’organisation qui gère le dossier auprès de l’agence nationale — jamais le futur participant en direct.

La bonne question à poser, et à qui

Si l’idée d’une mobilité européenne vous intéresse alors que vous travaillez déjà, la question à poser n’est pas « comment candidater à Erasmus+ » mais : mon employeur, mon OPCO ou l’organisme qui me forme a-t-il un projet Erasmus+ en cours, ou une accréditation ? C’est une question à adresser aux ressources humaines, au responsable formation ou à la direction de l’organisme — pas une démarche que vous engagez seul depuis un site européen. Sans organisation porteuse, il n’y a rien à instruire, quels que soient votre profil et votre motivation.

Pour vérifier ce qui existe concrètement et comment ces volets fonctionnent, l’Agence Erasmus+ France / Éducation Formation est l’organisme national qui gère ces mobilités pour la France, sur les volets scolaire, professionnel et éducation des adultes. Le portail européen Erasmus+ complète l’information au niveau de l’Union, notamment pour situer les différents volets et les calendriers d’appels à projets.

Ce que recouvre concrètement une mobilité

Sur le terrain, une mobilité Erasmus+ pour adulte ne ressemble ni à un voyage d’agrément ni à un stage universitaire classique. Selon le projet porté par l’organisation, cela peut prendre la forme d’un job shadowing — observer le fonctionnement d’une structure homologue dans un autre pays européen, ses méthodes, son organisation — d’un cours structuré suivi auprès d’un organisme partenaire à l’étranger, ou d’une période d’immersion dans une entreprise ou un centre de formation du secteur. L’objectif affiché par le programme est presque toujours le même : ramener une pratique, une méthode ou un regard neuf dans sa structure d’origine, pas simplement cocher une case de mobilité individuelle. C’est aussi pour cette raison que la sélection des participants se fait en interne, par l’organisation porteuse, en fonction de la pertinence du profil pour le projet déposé — et non par tirage au sort ou ordre d’arrivée des candidatures.

Le temps que ça suppose réellement

Une mobilité Erasmus+ pour un adulte en activité n’est pas un aparté sans conséquence sur l’organisation professionnelle. Une mobilité de formateur ou de salarié dure le plus souvent de quelques jours à quelques semaines selon le type d’action et le projet porté par l’organisation — et suppose une absence réelle du poste de travail, à négocier en amont avec l’employeur, ainsi qu’un temps de préparation administrative et linguistique avant le départ. Ce n’est pas un empêchement, mais c’est un paramètre à poser sur la table dès le début plutôt qu’à découvrir une fois le projet lancé.

Ce qui ne vaut pas le coup

Chercher un formulaire de candidature individuelle sur le portail européen, espérer un financement direct sans organisation relais, ou présumer qu’un simple intérêt personnel suffit à déclencher un dossier : ce sont des impasses connues, qui font perdre du temps à ceux qui les empruntent. Si aucune structure de votre écosystème professionnel ne porte ni n’envisage de projet Erasmus+, l’énergie est mieux investie ailleurs — par exemple sur les dispositifs individuels de formation continue détaillés dans notre rubrique Formation & Numérique, ou sur les leviers de mobilité liés à une reconversion, abordés dans Métiers & Reconversion.

À l’inverse, si votre employeur, votre CFA ou votre organisme de formation détient déjà une accréditation ou porte un projet en cours, la mécanique change du tout au tout : la question n’est plus « comment obtenir un financement » mais « comment se positionner sur une mobilité déjà ouverte ». C’est précisément là que le dispositif devient accessible — à condition de frapper à la bonne porte dès le départ, et non à la porte européenne directement.


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